8 mai 2008 :
http://www.cnbc.com/id/15840232?video=734326229Marchés émergentsKarine Hirn , la pionnière du "nouvel Eastern "En 1997, lorsque cette jeune Française crée East Capital, une société de gestion spécialisée dans les pays de l'Est, personne n'y croit vraiment. C'est aujourd'hui un des tout premiers investisseurs dans la région.
Installée dans un taxi, elle répond au téléphone, entre deux cahots et le bruit du moteur, profitant d'une pause dans les embouteillages du Caire. Karine Hirn n'est pourtant pas un de ces aventuriers de la finance islamique. Elle est française, parle le russe couramment et son univers à elle c'est le nouvel eastern. Entendez par là, la Russie, les Balkans, la Turquie et les pays d'Asie centrale. Toute cette zone émergente engagée dans un processus de convergence vers l'ouest et dans laquelle East Capital, sa société de gestion, puise sa croissance et traque les perles d'aujourd'hui et de demain.
Alors pourquoi l'Égypte ? " Une fois par an, nous nous réunissons entre actionnaires - sept au total, dont trois Suédois et trois Lituaniens - et nous choisissons une destination en dehors des pays de l'Est. " Une respiration, un luxe ? Pas vraiment.
East Capital est une société qui grandit, qui prospecte. C'est aujourd'hui l'un des plus gros investisseurs dans les pays de l'Est. Avec 5,7 milliards de dollars d'actifs (contre 10 milliards pour Merrill Lynch, le numéro un), une dizaine de fonds, un siège à Stockholm, un bureau à Paris, à Moscou, à Tallinn et, depuis l'an dernier, à Hong Kong. "Nous avons mis neuf mois pour obtenir une licence nous permettant d'opérer sur le marché chinois mais les enjeux sont d'importance. "TRAVERSEE DU DESERTL'activité n'a cependant pas toujours été aussi débordante... "
Les débuts furent très difficiles, se souvient la jeune femme.
Lorsque nous avons lancé nos premiers fonds en 1998, les marchés financiers étaient encore sous le coup des turbulences de la crise asiatique.
Notre fonds russe a chuté de plus de 80 % pendant les six premiers mois."
La traversée du désert durera, en fait, près de six ans, avec peu d'actifs sous gestion et de longues périodes sans salaires.Après la crise de 1998, une grande majorité des investisseurs étrangers avaient quitté le pays. "
Les vols Moscou-Stockholm étaient à moitié vides, raconte-t-elle, mais, à force d'aller sur place, nous avons compris que cette crise n'était pas si négative pour l'industrie locale, d'autant que la concurrence étrangère, elle, avait disparu. " L'équipe en aura retiré une leçon : celle de donner la primauté au terrain. "
Cette zone revêt une telle diversité de pays et une telle opacité aussi qu'il n'est pas question d'y investir sans y avoir voyagé. "
Et c'est d'ailleurs ce que font les quinze analystes et trois gérants du groupe.Ils défrichent, lisent la presse (grâce à leurs langues étrangères), visitent des entreprises - environ 500 par mois au total, récupèrent la communication financière. Et réalisent les premières analyses. " Ils font un vrai travail de détective, relève-t-elle. Car si la Russie et la Turquie sont plus développées, les pays d'Asie centrale ne sont au mieux dotés que de quelques brokers locaux."
Dans certains domaines, cependant, ces pays réservent aussi des surprises. "
Peu de gens savent par exemple qu'au Kazhakstan, le système bancaire est développé, solide, réglementé et qu'il constitue un exemple pour d'autres pays de la région. " Ou qu'en termes de cotation en Bourse ou de reporting, certains de ces pays sont très zélés.
La Roumanie et la Bulgarie, notamment, derniers entrants dans l'Union européenne, ont réalisé de considérables progrès en termes de transparence. "
De même, en Serbie, explique-t-elle, les entreprises qui veulent être cotées à Belgrade sont soumises à des exigences comptables internationales, au risque sinon de se voir décotées. "La Russie reste cependant le marché le plus important pour East Capital, soit les deux tiers des actifs gérés contre 10 % chacun pour le Kazhakstan, la Turquie et l'Ukraine. C'est aussi le pays de prédilection de Karine Hirn. Celui vers lequel
l'ancienne étudiante du Beaujolais a toujours été attirée. Un pays où elle a aussi bien étudié (académie des finances à Moscou) que travaillé.
PREMIERE ETAPEEn 1994, elle atterrit à Nijni Novgorod, ville rendue célèbre pour avoir abrité Andreï Sakharov en exil. "
Ma mission consistait alors à former les employés d'une banque locale au risque crédit. " Une première étape dans le monde bancaire avant que sa vie privée ne la ramène plus tard vers Stockholm (son mari est finnois) où elle dirigera un petit établissement suédois déjà impliqué en Europe de l'Est.
"
La Russie est sans doute un des pays émergents les plus intéressants ", insiste-t-elle. Cela sera-t-il toujours le cas après la présidentielle ? " Certains attribuent le nombre important d'introductions en Bourse au fait que les hommes d'affaires russes seraient inquiets par rapport à l'élection, acquiesce-t-elle, toutefois, les entrepreneurs que nous avons rencontrés sont très confiants. " Et comme toujours, elle préfère se fier à son expérience du terrain.
MARJORIE BERTOUILLE
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Perdu d’avance, est l’homme qui ne suit pas ses rêves.
Henri Gougaud.